• virginiland

Ne pas s'accrocher...

Hier, j'ai vécu une magnifique leçon de lâcher prise, une de ces leçons si authentiques qu'elles vous marquent, profondément, et valent mieux que tous les mots. Cette leçon, ce n'est pas dans un cours, ni lors d'un stage que je l'ai reçue...


Depuis quelques semaines, je donne des cours de français à deux femmes ukrainiennes venues s'installer en France lorsque la guerre s'est déclarée. Olena, accompagnée de son fils Dennis et de sa maman Nataliia, est venue rejoindre son mari effectuant des missions à Saint-Nazaire depuis plusieurs années. Ces deux femmes, comme la plupart des ukrainiens, ont tout quitté, tout laissé derrière elles pour sauver leur vie, emportant dans leurs bagages l'espoir de pouvoir revenir un jour chez elles.


L'une est sage-femme et l'autre professeur d'informatique. Elles viennent d'entamer une nouvelle vie sur fond d'incertitude la plus totale, sans savoir où et par qui elles seraient accueillies quand elles sont parties, ni ce qui les attendait, sans parler la langue et surtout sans savoir combien de temps durerait leur « voyage ». Elles ont donc sauté dans le vide et se sont ouvertes à l'inconnu avec pour compagnon de route, la confiance. Après avoir été hébergée quelque temps dans une famille française, cette famille a trouvé un logement pour vivre ensemble et recréer un cocon familial. Olena a rapidement trouvé un emploi à temps partiel dans une maison de retraite. Nataliia continue de donner des cours à distance. Quant à Dennis, il a fait sa rentrée dans son nouveau collège, loin de tous ses repères.


C'est avec une ferme volonté de parler français rapidement et un enthousiasme communicatif qu'elles se sont lancées dans l'apprentissage de notre difficile langue. Elles découvrent avec tout autant de curiosité leur nouvelle région, visitent, et font de leur mieux pour rendre ce pays inconnu un peu plus familier chaque jour. Elles apprécient la gastronomie française. Elles sont radieuses, joyeuses et pleines de vie. Et elles portent en elles une faille immense que l'on n'imagine pas un instant en les voyant... Leurs amis, comme elles, ont dû quitter leurs maisons et sont aujourd'hui éparpillés dans toute l'Europe. L'occasion pour Olena, me confie-t-elle sur le ton de la plaisanterie, d'entreprendre un road-trip un de ces quatre !


Lors de nos échanges, la barrière de la langue est atténuée par le précieux traducteur de nos téléphones, et nous apprenons ainsi, au fil du temps, à nous connaître.


Parfois pourtant, le traducteur devient inutile, lorsque les mots se devinent dans le regard. Parfois, le silence est plus éloquent qu'un « Google traduction » approximatif. Hier, derrière leurs sourires, j'ai perçu et reçu leur tristesse. L'une de leurs deux maisons a été pillée, et si elles ont évidemment l'espoir de retourner au plus vite dans leur pays, l'Ukraine, elles ne savent pas ce qu'elles y retrouveront.


Il y a une semaine, Dennis a fait sa rentrée dans son nouveau collège, une rentrée teintée de mélancolie et de manque, malgré de nouveaux amis, des professeurs bienveillants et le soutien de sa famille.


Il y a une semaine, ma fille n'a pas réussi à faire sa rentrée dans son nouveau collège. Je leur expliquai qu'elle n'a quasiment pas mis les pieds dans un établissement scolaire depuis deux ans car elle n'y arrive pas. Cette situation m'inquiète évidemment, et j'aimerai pouvoir l'aider à trouver la solution.


Hier, Olena et moi, nous nous sommes regardées, le téléphone posé sur la table entre nous deux, mais à cet instant, ce sont nos cœurs qui étaient connectés. Et elle a prononcé cette merveilleuse phrase :


« Tout ira bien. Il ne faut pas s'accrocher, il faut avancer... ».

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