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  • virginiland

« Transformer le système de l'intérieur »

C'est par une belle et chaude soirée d'été que j'ai récemment rencontré Camille Fournier, aux Nantais, une guinguette estivale située à Nantes (Saint-Herblain plus exactement pour les locaux).

L'ambiance était joviale et animée, à l'image de cette jeune femme déterminée que j'avais découverte quelques mois auparavant grâce à son discours de fin d'études à HEC, « Agriculture et urgence écologique ». Un discours passionné et engagé qui annonçait la couleur !


« Beaucoup ont cru que j'étais major de promo puisque je faisais un discours, mais pas du tout ! On m'a sollicitée une quinzaine de jours avant en espérant, j'imagine, un discours qui sorte un peu des sentiers battus ».


De l'humanitaire à l'agriculture

Sortir des sentiers battus, c'est justement son truc à Camille. Celle qui a longtemps voulu travailler dans l'humanitaire s'est prise d'une passion débordante pour l'agriculture. Avec la volonté fermement chevillée au corps de faire bouger les lignes.


À 25 ans, Camille est aujourd'hui salariée d'une société à mission, Eloi, qui assure la mise en relation entre des agriculteurs désireux de céder leur exploitation et de futurs agriculteurs souhaitant s'installer 1. Un parcours bien éloigné de celui qu'ont choisi la plupart de ses anciens camarades d'école. Et un emploi qui est bien plus qu'un simple travail à ses yeux. C'est en effet un combat pour redonner sa place à l'agriculture dans la société que mène désormais l'ex étudiante d'HEC.




Si Camille Fournier a aujourd'hui à cœur de « transformer le système de l'intérieur » en s'intéressant aux enjeux de l'agriculture, elle a longtemps pensé pouvoir changer les choses autrement.

« Mon plus grand rêve était de travailler à l'ONU sur la faim dans le monde. J'ai eu la chance d'y faire mon premier stage, au programme alimentaire mondial à Rome. J'ai fait du terrain, je suis allée au Sénégal étudier les cultures rizicoles. C'était très enrichissant, mais je me suis dit que c'était quand même une très grosse Organisation, très hiérarchisée, avec un très gros budget. Et que je devrai attendre d'avoir des cheveux blancs pour avoir un poste intéressant !

Je me suis alors demandé si j'étais vraiment légitime pour intervenir à l'autre bout du monde alors qu'on a déjà plein de problèmes chez nous. C'est comme ça que je me suis intéressée aux enjeux de l'agriculture en France. Et puisque je n'y connaissais rien, j'ai commencé par aller travailler dans des fermes. En Nouvelle-Zélande d'abord, lors d'un stage d'un mois, puis en France, dans une ferme de maraîchage. Et je suis vite devenue une mordue d'agriculture ! ».


Un tour de France des fermes innovantes


Lors de son discours de fin d'études, Camille invitait ses camarades à utiliser leurs compétences pour créer un nouveau schéma, sociétal et économique. À emprunter d'autres voies, à donner « à tous l'envie de préférer les sentiers aux autoroutes ». Elle les invitait à mettre du sens dès à présent dans leur vie professionnelle.

Et Camille parlait en connaissance de cause. Plutôt que se diriger vers les tours de la Défense qui lui ouvraient les bras, c'est un tour de France rural et agricole dans lequel Camille s'est lancée en 2020 et 2021 avec Ambre Germain, une camarade d'HEC.


Au cours de cette année de césure, Camille et Ambre suivaient un fil rouge, celui de l'innovation. Un fil qui les a conduites à aller voir des fermes qui sortent du lot. Des fermes qui ont choisi de faire différemment des idées pré-conçues qu'avaient les deux amies. Ces onze mois d'immersion leur ont ainsi permis de découvrir des modèles agricoles innovants au niveau social, technique, technologique, environnemental ou agronomique. Mais aussi de découvrir des « modèles humains et économiques différents ».


« Notre but était de mettre les projecteurs sur des personnes qui innovent à leur manière. On souhaitait aussi montrer la beauté du métier d'agriculteur, un métier qui peut être très épanouissant. On parle beaucoup du côté noir, des suicides, des problèmes économiques. Mais ce qui m'animait, c'était de mieux comprendre le métier en le vivant, en devenant agricultrice pendant une année. Tout en faisant rayonner la beauté de ce métier pour créer des vocations. »


« l'alternative est le futur »


Les jeunes femmes désiraient également informer, « combler une méconnaissance, parce que je pense que ma génération est la première à ne plus avoir systématiquement un lien familial avec l'agriculture, contrairement à nos parents ou nos grands-parents ». Vivre cette expérience pour partager et transmettre car « comment savoir comment pousse un pied de courgette si on ne l'a jamais vu ? ».

Vaches, moutons, maraîchage, chèvres, porcs, poules, arboriculture, paysans meuniers-boulangers, ferme ESAT, ferme d'aquaponie : un tour de France complet de l'agriculture qui leur a offert un nouveau regard, plus riche, plus vivant, plus réaliste. Camille et Ambre vivaient en effet avec les agriculteurs et leurs familles et mettaient un point d'honneur à se lever aux mêmes horaires. C'est-à-dire tôt ! « Et quand il y avait un vêlage la nuit, on se levait aussi ! ». Quant au bouquet final : « la transhumance avec un berger dans la montagne. On s'est fait plaisir ! ».

« On nous appelle, quelques camarades et moi, les rebelles d'HEC. Or, je ne vois pas en quoi le fait de suivre ses convictions, et surtout des convictions qui devraient être partagées par tous, est un acte rebelle », explique-t-elle avant de poursuivre « être fidèle à ses convictions, oser, sortir du chemin tracé doit devenir et deviendra la norme demain car l'alternative est le futur ! Et le plus beau reste à venir ».


Pour aller plus loin :

Extrait de Sur le champ. Camille Fournier. Editions La Butineuse. 2022.

« Dans un monde où ceux qui nous nourrissent ne parviennent plus à se nourrir eux-mêmes, notre place n'est-elle pas dans les champs plutôt qu'au sixième étage d'une tour ? Dans un monde où les géants de l'agroalimentaire ont pris le pouvoir sur les prix, les clés du changement ne se trouvent-elles pas dans les poches des étudiants de grandes écoles ?


1 Sur les 10 prochaines années en France, 1 agriculteur sur 2 partira à la retraite.

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